promouvoir l'écriture francophone contemporaine


Le Théâtre Le Guignol de Lyon et l'association camerounaise Le Jeune Auteur développent ensemble des projets réunissant auteurs africains et français


Écrire pour la marionnette

Kribi, 2 juillet - 4 août 2010

Affichage des articles dont le libellé est Carnet de voyage de Stéphanie. Afficher tous les articles
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mardi 17 août 2010

Pour Kaya

Petite Peste inapte
Stephanie
Tapinait
Sans haine
Ne pensait pas
Ne pesait pas.
Anéantie

Un mois déjà

Elle se demande ce qu'elle a bien pu faire de tout ce temps. Un mois déjà. Le 17 juillet pour elle c'est une date particulière, il y a eu une naissance, un mariage, et 43 autres 17 juillet où elle a pu aussi bien fumer son premier joint, recevoir les résultats du bac, tuer une araignée, dormir à la belle étoile quelque part dans la vallée du M'goun, se brûler méchamment la peau au soleil, sentir son corps s'enfiévrer et dans la même ivresse rester flou, flotter dans des vapeurs de rhum arrangé, fêter l'anniversaire de sa mort, qui sait. Un mois a passé depuis le dernier 17 juillet. Et quoi: même pas quatre messages sur son nouveau blog, elle a honte. Mais elle est encore en vie. Et quoi. Encore: Elle se demande ce qu'elle a bien pu ne rien faire de toutes ces heures, ruminer des colères bovines, oui, massacrer un champ d'OGM, même pas, se tromper de chemin, revenir en arrière, prendre la bonne route, lire Clooser et puis Paris Match, et puis Marianne, et puis se dire merde quoi tout ça pour ça, pourquoi avoir coupé les lanières des martinets, elle aurait bien fouetté le chat de la voisine qui laisse des odeurs de cadavre à la traîne de ses victimes. Et aussi, elle en a vraiment marre de Sarkozy. By the way: Chantal veut bien l'échanger contre Paul Biya. Pas sûr que le coiffeur de madame y gagne au change.

mardi 10 août 2010

Ecrire Kribi

Il est 14h30. Mon sac pèse une tonne sur mes épaules. J'enfourche la moto. Le siège en simili-cuir me brûle les fesses. Tirée en arrière par la poids du sac, je me penche, poitrine collée tout contre le dos du chauffeur, mes cuisses entre ses cuisses. Il démarre. Mon regard glisse une dernière fois sur les rues de Kribi. Des inscriptions de toutes sortes signent la ville et explosent en mille fragments dans ma boîte crânienne. ON EST BIEN ICI SAINTE MARIE REFUGE DES PECHEURS D'EBOM CUK CHEFFERIE DU VILLAGE ETANCHE TA SOIF 99 70 65 42 JOHNNY CE SOIR AMSTEL GLACEE GUINNESS MALTA BRUNE TRANSFERT PAS CHER CAMTEL BEACH FESTIVAL DU DOCUMENTAIRE POISSONS FRAIS A L'EMBARCADERE MOULIN A ECRASER INTERDIT D'URINER ROUTE SANS IST ET TOUT ET TOUT ET TOUT ET TOUT ET TOUT TOUT TOUT TOUT il faudra que je mette un peu d'ordre dans ce chaos.

vendredi 6 août 2010

J'arrrrrive, je reviens

Je ferme les yeux, les souvenirs me cafardent les neurones.
Kribi, la langue de la mer, sa gorge remplie d'amertume, je la sens me lécher les paupières, je ferme les yeux.
Monte comme une pointe d'agacerie dans mon ventre, car enfin revient le goût aigre du ndolé, j'ouvre les yeux.
Oh! Joie! Fourvière en majesté pointe ses quatre sexes vers le ciel argenté!

Langues voisines

Et Judith, je la sens, elle est là...

ça

ça broute à la fin ces bouts d'histoire calcinée.
Reste le ça.
Le ça du "ça s'est bien passé".
Une lettre avec une queue qui lui pendouille par en-dessous, un alpha qui serait le début d'un roman, et ce binôme idiot, ce ça, rien que ça, tout ça, tout mettre dans le ça, car c'est ça qu'ils veulent entendre, ça s'est bien passé, c'est ça?
Mais c'est comment, ça?
C'est quoi, ça?
Ah! Ah! Ah!
Pour le ça-voir, va falloir ça-crocher.

jeudi 29 juillet 2010

Martyrionnettes


Après le massacre des marionnettes, brûlées en plage publique, réduites en sable sur la grève, les auteurs donneront une voix à leurs effigies.
Martyrionnettes pendues à nos cordes vocales.

Sur le fil du rivage

Phèdre
Ariane ma soeur de quel amour blessée
Vous mourûtes aux bords où vous fûtes laissée?

lundi 26 juillet 2010

Où sont les gorilles?

Il nous prend aujourd'hui de nous perdre au coeur des petits villages qui s'éparpillent entre la mer et la forêt. Nous commençons par le chemin familier qui mène à la salle communautaire de Mboamanga, chefferie de Batanga, là où nous donnons les ateliers d'écriture. De part et d'autre de la route, les call-box ressemblent à des castelets de Guignol. On coule un regard fouineur sur les cases recouvertes de tôle où les enfants entament des pas de danse, jouent au foot, sucent des bonbons rouges. La vie est dehors sur le seuil de la maison, on s'apostrophe, on nous salue: "Bonjour les blanches!". Là on vend des tomates sur une planche de bois brut, des ignames pour le foufou du soir, des prunes amères que l'on jettera dans la braise, sous la marmite de macabo. On quitte la route principale pour suivre un étroit sentier de terre brune et sèche comme une peau d'éléphant. Le ciel est une immense brume mélangée à des trainées de poudre bleue. On croise des morceaux de maison: des murs de parpaings disgracieux dont on ignore s'ils sont le commencement ou la fin du rêve. Plus loin une clairière s'ouvre à la forêt vierge. C'est un entrelac de palmiers, de badamiers et d'arbres sauvages. Compacte au plus près de la terre, la forêt s'éfiloche en ses sommets, offrant ses doigts tordus à la course aérienne des singes.
On s'assoit. Une vieille femme rentre du champ. Elle tient croisées sur ses épaules la houe et la machette. Elle marche doucement, on a le temps d'échanger quelques mots, un sourire. Puis le silence.

Nous n'irons pas voir les pygmées

Nous n’irons pas voir les pygmées.
Parce qu’il faudrait sacrifier au rituel folklorique de la pirogue, nous prenant pour d’imbéciles explorateurs de nulle part.
Parce que j’aurais honte de violer la forêt sans y être invitée.
Parce que je n’ai aucune raison de croire qu’ils me désirent.
Parce que sentir leur présence me suffit.
Parce que je n’ai rien à leur apprendre et rien à leur donner.
Le contraire est peut-être vrai, mais encore faudrait-il que je sois prête à recevoir des miettes.
Parce que j’aurais trop peur de laisser des traces.
Parce qu’on ne peut pas voir l’invisible.
Je me contenterais des vendeurs de tchikis qui pullulent sur les plages.

dimanche 25 juillet 2010

Oh! La belle bannière!


Matin chagrin

Là j'aurais envie de fendre en deux à coupe-coupe machette la mer trop grise et lisse, saigner aux quatre veines son arrogante platitude, dans la plaie ouverte vomir mes migraines et hurler à la lune bien pleine qu'elle ne luira jamais que pour d'inutiles basse-cours. Là je voudrais lacher mes colères jaunes, là gifler le cul des filles trop lâches pour être belles.
Là je voudrais que suinte des murs fissurés de vrais éclats de rire, des lames tranchantes qui laisseraient de belles cicatrices violettes sur la peau des crocodiles.
Là je voudrais bien m'embrumer la gueule à grande lampée de bière tiède et qu'un cavalier surgissant hors de la nuit m'apporte pour me consoler de la confiture d'abricot.
las... de guerre lasse, de traviole et boiteuses nos connes utopies...

jeudi 22 juillet 2010

Indiscrétion

Les mains étrangères l’une à l’autre, posées bien à plat sur leurs cuisses respectives. Ils jouaient à la balançoire et se sont rapprochés, leurs genoux à se toucher. Ils ne voient pas le python embusqué dans les branches de l’arbre, ils se croient à l’abri de sa frondaison.Gracieux penchant de la femme en bleu à califourchon sur une queue bifide, entrouvre ses lèvres et glisse une langue fouineuse dans le pavillon moite de son partenaire à casquette.

Sans maudire, le sable se laisse gentiment griffer par le soleil.

Nuit d'orage

Possible que j’ai bu une bière de trop hier.

Pas sûr. Mais possible.

Il a beaucoup plut en fin de soirée. Dans une atmosphère déjà surchargée d’humidité, ça faisait beaucoup pour mes articulations et j’ai du penser qu’un peu d’alcool me ferait du bien. J’ai marché sur la route jusqu’à la première guinguette posée bancale en bord de plage. C’était bien éclairé, correctement abrité des paquets d’eau qui dégringolaient du ciel.

La fille du bar était grosse, comme je les aime et l’odeur de poisson grillé m’a mis en confiance. Il n’y avait pas grand monde. Une famille attablée devant les images brouillées d’un vieux poste de télévision finissait un jus couleur sang. J’ai bien regardé leur petite fille, elle avait du rouge tout autour de la bouche et ça lui dégoulinait sur le menton. Quand elle a sorti sa langue pour s’essuyer les lèvres, j’ai remarqué qu’elle avait des canines taillées en pointe.

J’ai commandé une grande Amstel glacée. C’est le genre de boisson qui vous donne des aigreurs d’estomac mais on a beau le savoir, on y revient toujours. En premier, j’hésite. Puis je me laisse convaincre par son amertume, et je dois dire qu’elle me console de bien des tracas qui me pourrissent la vie et me serrent le cœur rien que d’y penser.

C’est possible que j’en aie bu une deuxième. C’est même possible que la grosse ait raison quand elle me crache dessus que j’ai vidé sa réserve d’Amstel glacée. Mais quand elle affirme devant l’homme en tenue que j’ai voulu lui faire un bébé dans les fesses, j’ai comme un doute.

En tout cas, même si j’ai fait ça, même si j’ai manqué de respect à la dame, c’est pas une raison pour me jeter dans un cul de bas fosse, confisquer mes papiers, et me condamner à dix ans de travaux forcés. Je trouve que leur décision est un peu rapide. C’est vrai, quoi, putain. J’ai encore la gueule de bois.

dimanche 18 juillet 2010

Bon dimanche

Ce dimanche à Kribi il y a de la carte postale dans l’air.
La route est chaude. On sent les cailloux sous nos semelles trop fines, ça nous met du sable entre les doigts de pied, comment dire que… côté continent la terre pâteuse entre les planches assoie solidement les abris des pêcheurs, c’est-à-dire que, comment… quoi… côté océan les piroguiers crachent la coque des arachides qu’ils mâchent à pleine bouche. C’est comment, c’est quoi, ces yeux jaunes qui suivent la route où deux blanches se dessèchent la langue à force de quoi comment d’où… Des pointes rouges piquent au sang les haies de grasses plantes dont on ignore le nom, si belles, capiteuses, où l’oiseau moustique tente sa première sortie. C’est quoi, c’est comment là-bas silencieuses les chutes de Lobé s’anéantissent dans la mer. Violette et crémeuse la mer aspire les crabes translucides. On pose nos fesses sur le mouillé à l’ombre des palmiers… c’est comment, que tu dis que… Passe là devant entre la forêt vierge et le désert de bave salée un ventre de vieillard au bras d’une fi-fi-fi… fillette prépubère et… comment… perdue… elle ment : « c’est comment combien que tu vas cracher ta tune en sperme dans mon cul ? ».
Ce dimanche, à Kribi, oui.

samedi 17 juillet 2010

Echappée belle

Les tongs de Judith tentent une discrète échappée vers la mer...

jeudi 15 juillet 2010

Riche cuisine

Le matango, c’est le nectar qui sort du palmier

Le palmier est généreux. Il donne ses noix, ses huiles, ses feuilles, et surtout il donne le matango ou vin de palme. Tout juste écoulé de l’arbre, il est sucré, on dit que c’est du vin de femme. Au bout de quelques heures, il fermente et si on l’aide de quelques feuilles et d’écorce, là ça devient une boisson d’homme. Tu bois un verre, tu pars au lit (de préférence pas tout seul).

Quand le palmier est tombé, tu tailles la souche et tu remplis la calebasse.

Quand le palmier est tombé, au bout de quelques jours, les chenilles arrivent. Tu les ramasses et tu les manges.

Quand les chenilles sont toutes mangées, tu grattes le tronc du palmier et tu récupères les champignons. Et puis tu les manges.

La pulpe de noix, ça fait de très bonnes sauces.

Le bobolo, c’est le bâton de manioc. On pile le tubercule, ça fait une pâte, avec de la ficelle on l’empaquette dans une feuille de bananier.

Le miondo, c’est le bâton de manioc, mais à Douala.

Le mets de pistache, c’est une pâte de quelque chose, mais pas de pistache.

Le zom, C’est une sauce faite à base de feuilles de légume fraîches.

Le ndolé, c’est la feuille du ndolé écrasée, une feuille verte qui ressemble aux épinards, c’est un peu amer mais avec des crevettes, ça passe tout seul.

Le machoiron, c’est un poisson. Si tu cuisines bien la tête de machoiron, ton mari ne te quitte jamais.

La banane plantain, tu la manges frit ou bouilli tout le temps et partout.

Comme le riz.
Le riz, c’est du riz.

Comme la grillade de poisson.
La grillade de poisson c’est la grillade de poisson. Tu le manges avec les doigts, la meilleure partie, c’est la tête, tu suces les arrêtes pour qu’il ne reste pas un gramme de chair. Tu te rinces les doigts dans une marmite qu’on t’apporte à la fin.

Le macabo, c’est une espèce de patate, en plus sec dans la gorge. C’est meilleur avec

La sauce arachide, c’est un délice.

Le couscous, c’est de la purée de manioc. C’est meilleur que la purée de taro, qui colle dans la gorge. On le sert roulé en boule dans des petits sachets de plastique, soigneusement fermés en torsade.

Le couscous, je crois qu’on l’appelle aussi le foufou de manioc.

La sauce jaune, chez les Bamilékés, c’est du taro avec une sauce, jaune, piquante. Ça se mange froid et ça colle aux doigts.

lundi 12 juillet 2010

Choses entendues

- Il paraît que les femmes Batanga sont très belles et très entreprenantes.
- Patience, petit. Patience...